S’invente une vie.

Rouge du Soir

Salut, c’est moi. Tamara. 30 ans. J’habite dans la Jungle.

J’ai quitté la Syrie il y a quelques mois. Je n’étais pas seule. La mort ou le départ. Il ne nous a pas fallu longtemps pour réfléchir et opter pour un départ précipité vers un horizon en quête de paix. Nous avons tout laissé derrière nous : nos vies, nos proches, nos rêves… 

Mes parents croyaient en un avenir pacifique en Syrie. C’est pour cela qu’ils m’ont conçue. Par pour ce qui est arrivé ensuite. Pour l’instant c’est la guerre, nous n’avons pas le choix.

Un voyage long éprouvant vers notre terre d’accueil.
A mon âge, j’aurais préféré un safari-photo. Au lieu de cela, on s’est entassés, on s’est collés, on s’est serrés avec de parfaits inconnus qui raccrochent la longue traversée. On a rencontré des gens incroyables, capables du pire comme du meilleur. On ne sait plus trop sur qui compter après ce périple.

Malgré cette traversée de « fuyards », on a été solidaires dans ce changement de vie forcé et qu’on espère provisoire.
On a eu peur ensemble. En même temps, on savait que beaucoup d’autres avant nous y avaient laissé leur peau. Quand la mer était forte, que les flots devenaient de véritables murs à franchir, on s’est serrés, on s’est tenus à nos vies. Remarquez, en pleine mer ou à la maison, le risque était le même.

Un cap : La France.

Fallait bien se dire que vu les politiques d’accueil des territoires les plus proches, on était obligés de voir plus loin.

Certains de mes amis ont choisi d’autres destinations ; pour nous c’était clair, on a foncé vers la France. Il paraît que là bas, le crédo c’est Liberté, Egalité, Fraternité. A peine croyable. Alors, on s’y accroche en attendant de pouvoir y croire pour la Syrie.
J’ai beaucoup entendu parler de la France. J’ai lu quelques de leurs grands auteurs. Dès que je l’ai découverte, je me suis mise à rêver de leur histoire : celle d’une démocratie et d’un peuple qui l’a imposée. C’est pourquoi j’espère pouvoir y faire une pause après l’horreur laissée dans mon pays.

Ca nous aura pris 421 jours mais je peux le dire : Je suis arrivée en France pour y demander l’asile.

Je suis prête à travailler pour m’en sortir même si c’est vraiment galère car mis à part Bonjour – Au revoir – Merci ; je ne sais rien dire. En même temps, on ne peut pas dire que le voyage ait été «organisé»…

Ce qui me fait peur ici c’est que c’est tellement galère que les desoeuvrés tournent clairement en rond et gambergent. Faudrait pas qu’il y en ait un qui se mette à faire une connerie.

On lutte pour bouffer, pour trouver un point d’eau, il fait froid & l’eau s’immisce partout dans nos « tentes ». Pourtant autour ca a l’air bien différent, les maisons ont des toits, il y a des murs et des murets, la fumée sort des conduits de cheminée… J’essaie d’imaginer comment vivent ces gens chez eux. Je me demande comment j’y arriverais moi aussi si j’étais amenée à rester ici plus longtemps que prévu.

Si seulement je pouvais trouver un « vrai » travail… Mais les français connaissent le chômage… ca va pas être facile. Même pour moi, surdiplômée, il semble y avoir peu de chances ici.
Il paraît qu’au Royaume Uni, c’est plus facile d’en trouver un. Mais bon y aller, c’est encore une autre histoire.

J’ai un peu les idées noires en ce moment, cela fait plusieurs jours, semaines que je suis dans la jungle. Il fait froid, il pleut des cordes d’eaux gelées. Remarque ça nettoie la pisse. Il n’y a pas énormément de toilettes ; autant que sur une air d’autoroute paraît-il. Des bénévoles nous ont aidé à remplir nos dossiers, maintenant on attend.

Ils disent qu’en aout on était 3 000 à Calais ; en novembre 5 000. Je sais pas bien comment ils comptent; j’ai parfois l’impression qu’on est beaucoup plus. J’ai entendu que le stade de France pouvait accueillir 81 338 personnes. Ils arrivent pourtant bien à gérer ces flux.
J’ai du mal à croire que rien n’ait pu être fait depuis ce qu’il se passe de l’autre coté de la méditerranée. Qu’on vive moins bien que les chiens, sous des bâches, à quémander l’eau potable, se vendre pour un morceau de viande, ceux qui nous approchent de près viennent pour vivre de notre misère… Qu’a-t-on fait de mal ?

Parce qu’au final, j’ai bien l’impression que je suis comme n’importe qui. Comme vous. Juste que j’habite dans la jungle et j’espère vraiment que c’est provisoire. Je ne pensais pas que cela existerait ici.
Alors je me contente d’espérer à la paix ; un jour peut être ce sera mon tour d’avoir une vie. De croiser des gens bien.


Ecriture d’invention rédigé en appel à la tolérance, l’empathie, au sens des responsabilités & la lutte contre les amalgames. Parce que ça se passe chez nous. #enquetedhumanité #lesourireestuniversel


Liens à la source de l’écriture d’invention – Mood In My Mind s’invente une vie :

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Une réflexion sur “S’invente une vie.

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