Portraits – Ceux qui restent à Alep

Cette semaine, j’ai choisi de vous présenter un portrait. Celui d’un syrien qui a fait le choix de rester à Alep; & le portrait d’un combat : celui mené par les casques blancs au quotidien.

Les nouvelles d’Alep me viennent depuis plusieurs mois déjà par la voie d’un homme : Nabil Antaki. Pour cause, ça fait déjà 4 ans que la guerre éclate chez lui.
Ici, on entend plus parler des problèmes d’accueil des migrants. Peut-on? Doit-on les accueillir?
Parfois on ne les accueille pas. Niant très certainement ce qui se passe là bas. N’y-a-t-il pas de quoi fuir quand on ne souhaite pas la guerre?

Nabil Antaki, médecin syrien, directeur d’un hôpital à Alep, membre de la communauté chrétienne des Maristes Bleus.

Nabil Antaki, médecin syrien, directeur d’un hôpital à Alep, membre de la communauté chrétienne des Maristes Bleus.

Bref, depuis plusieurs mois je lis les lettres de Nabil Antaki médecin et père de famille. Avec son épouse, ils ont fait le choix de rester à Alep pour aider, soigner. Dans ses lettres, il relate son quotidien, la situation qu’ils vivent là bas, à Alep. L’une de ses lettres m’a particulièrement marquée, intitulée « quitter ou ne pas quitter ? » publiée en 2014.

« Rester ou quitter, tel est le dilemme auquel font face, maintenant plus que jamais, les Syriens en général et les Alépins en particulier. Quoi faire?… Résister encore?… Rester en dépit de tout ce qui se passe ? De tout ce que nous subissons depuis plus de trois ans ? Quelle solution ?…Quel avenir ?… Mais y en a-t-il un ?…Quitter définitivement ?… Aller vivre ailleurs son avenir et surtout celui de ses enfants ?…Aller où ?…Comment ?… Faire une croix sur tout le passé ? Laisser tout ce qu’on possède et repartir à zéro ?… La litanie de ces questions sans réponses est longue et elle est répétée à longueur de journée. De plus en plus, les gens qui temporisaient, qui laissaient les questions et…les réponses en suspend en attendant de voir plus clair, en espérant une solution prochaine à la crise ou tout simplement parce qu’ils n’osaient pas ; De plus en plus les gens (surtout les chrétiens) quittent maintenant la Syrie et partent pour un exil définitif, pour un pays qu’ils n’ont pas choisi ; « Peu importe où je vais, l’important, c’est que j’y arrive pour que je puisse vivre en paix ». »

Extrait – Quitter ou ne pas quitter – ACCES TEXTE INTEGRAL

A l’époque, personne n’en parlait distinctement : médias, politiques.  Il y avait là bas un « conflit ». L’alerte donnée était pourtant claire : des populations happées dans les combats & bombardements mourraient tous les jours.

Fière de ma Nation, je me disais alors que tout devait se jouer en sous-main. Que je n’étais pas apte à appréhender certaines situations internationales.

Et puis en septembre, autour d’un diner, j’apprend qu’une collecte de dons est initiée dans l’urgence par l’association les Maristes d’Alep dont Nabil est membre : l’hôpital de la ville avait été bombardé. Il s’agissait donc de collecter les fonds nécessaires à la « construction » d’un bloc de fortune dans le désert. Nabila Antaki opère dans des tentes de fortune, des lieux précaires dans l’attente d’un lendemain meilleur et pacifié.

Dans sa 27ème lettre d’Alep rédigée en septembre 2016, j’y ai lu entre autre le contexte et le quotidien : La ville n’a plus d’électricité depuis des mois, pour cause les centrales sont tenus par des rebelles. Il n’y a plus d’eau potable. Il n’y a plus de toits. L’hôpital est soutenu depuis longtemps par la volonté de quelques hommes, plus que par des murs & le toit qui va avec.


A ce portrait, on peut ajouter le combat mené par les casques blancs, un mouvement qui se présente tels des secouristes de l’extrême.
Si vous êtes passés à côté, voici une vidéo d’Ismael, 29 ans, qui témoigne de son quotidien à Alep en tant que casque blanc dans Quotidien de Yann Barthès :

Revoir l’intégralité de l’émission QUOTIDIENNE – Alep un drame passé sous silence

Ce qui me choque le plus face à la découverte de cette entité, c’est que ce qui motive le débat public, c’est de savoir qui est derrière tout cela. Il s’agirait même à en entendre certains d’un « mouvement terroriste ».
C’est vrai que cela serait trop facile de s’en tenir aux faits: quelques hommes, pour l’essentiel des anciens coiffeurs, boulangers, garagistes… qui se réunissent pour sortir des corps de sous les décombres. Dans l’espoir qu’ils reprennent vie.

Alors, tranquillement, j’ai perdu confiance. Espoir. Il faut dire que les débats ne soient pas orientés. Sans vieux jeux de mot, on retient ici plus facilement l’histoire de Nabila à celle de Nabil. 

Alors là clairement, j’ai les boules. Notre Gouvernement semble bien dépassé par certaines situations, c’est à se demander quelle est la politique suivie pour Alep. Et quelle politique est menée ici face à l’accueil des migrants. Il faut croire que pour faire face aux situations il faut attendre qu’elles nous dépassent… Trop de temps perdu !
Mais c’est vrai il y a campagne. Mais nous ne pouvons attendre. Se bouger maintenant, c’est peut être cela montrer que l’on mérite le pouvoir. Où sont les philosophies des 
lumières ? L’humaniste détrôné par l’économiste? 

J’ai honte aussi. Il savent qu’on sait. Et qu’on ne fait rien. Car comme le dit Nabil Antaki dans la lettre envoyée le 17 septembre :

Alep, notre ville, souffre toujours. Les médias occidentaux en ont fait la vitrine médiatique du conflit. Les Alépins se seraient passés de cette renommée. Ils souffrent depuis plus de 4 ans et ont hâte que ce cauchemar cesse.

Nabil Antaki – LETTRE N°27 – 17 septembre 2016
TELECHARGER LE CONTENU INTEGRAL : lettre-dalep-no-27-avec-photos.

J’ai honte : Cette semaine je vois le tweet de Robert Menard, carrément « épinglé » à son profil.

J’ai Honte en pensant à Nabil, Ismael,… Tous les êtres, là bas, qui n’espèrent que la paix. J’offre des sourires aux inconnus de passage, ces migrants quand je croise leur route. Elle me semble bien plus sinueuse que la mienne.

Entre révolte et compassion.

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